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Pourquoi, chez les personnes migraineuses, tout devrait commencer par la régulation et la sécurité

Dernière mise à jour : 20 janv.

Je ne suis pas arrivée à ce constat par hasard.

Ni par théorie.

Ni par opposition à la médecine ou aux traitements existants.


Je suis arrivée là parce que je l’ai vu.

Répété.

Confirmé.


Chez des femmes différentes, avec des parcours différents, des âges différents, des histoires différentes.


Et pourtant, un point commun revenait toujours.


femme migraineuse qui marche pour illuster par où commencer

Quand la migraine n’est plus le seul problème


Quand la migraine devient chronique, la douleur ne disparaît pas. Mais elle change de place. Elle devient un bruit de fond.


Ce qui prend le dessus, ce sont d’autres mots :

  • fatigue morale

  • tension permanente

  • irritabilité

  • difficulté à récupérer

  • impression d’être toujours en alerte

  • sensation de ne jamais pouvoir vraiment relâcher


Ce que j’entends alors, ce n’est plus seulement « j’ai mal à la tête », mais plutôt :

« Je suis épuisée de tenir. »
« Mon corps ne s’arrête jamais. »
« Même quand tout va bien, je reste tendue. »

Ce vécu n’est pas anecdotique.


Il est aujourd’hui cohérent avec ce que la recherche décrit sur la migraine chronique : une implication profonde du système nerveux autonome et de la réactivité cérébrale (revues scientifiques sur le système nerveux autonome et les céphalées, 2021–2022).


Ce que l’on observe quand on regarde au-delà


À force d’écouter ces récits, une chose devient évidente.


Le problème n’est pas un manque de solutions.

Ni un manque de volonté.

Ni un manque d’intelligence corporelle.


Le problème, c’est très souvent un système nerveux devenu hypervigilant.


Pas parce qu’il dysfonctionne.

Mais parce qu’il a appris, au fil du temps, que rester en alerte était la meilleure façon de se protéger.


La recherche parle aujourd’hui :

  • d’hypersensibilité centrale

  • de charge allostatique élevée

  • d’un cerveau migraineux plus réactif aux stimuli internes et externes(publications sur l’hypervigilance et la migraine, 2021).


Sur le terrain, cela se traduit autrement :le corps anticipe.

Le corps surveille.

Le corps ne lâche pas.


Le système nerveux : un chef d’orchestre discret mais décisif


Quand le système nerveux se vit en danger, il ne fait pas “n’importe quoi”.

Il applique des stratégies de protection.


Il peut volontairement ralentir ou perturber certaines fonctions :

  • digestion plus lente ou inconfortable

  • sommeil haché ou non réparateur

  • respiration plus courte, plus haute

  • tensions musculaires persistantes


Et ce n’est pas une panne...C’est une réponse adaptative du corps lui même.


Ce point est aujourd’hui bien documenté : le système nerveux autonome joue un rôle clé dans la régulation de fonctions comme le sommeil, la digestion, la respiration, et il est impliqué dans la physiopathologie de la migraine (revues sur le rôle du système nerveux autonome, 2022).


Pourquoi “faire des exercices” ne suffit pas toujours


Beaucoup de personnes migraineuses ont déjà essayé :

  • respiration

  • relaxation

  • yoga

  • méditation

  • soins corporels

  • différentes approches alternatives ou complémentaires


Et pourtant, quelque chose ne s’installe pas durablement.

Pourquoi ?


Parce que la régulation ne se décrète pas.


Chez un système nerveux hypervigilant, une pratique trop intense, trop rapide ou trop standardisée peut être vécue non pas comme une aide, mais comme une agression supplémentaire.


C’est un point crucial, souvent sous-estimé...


Même les approches de neuromodulation étudiées scientifiquement (comme la stimulation du nerf vague) montrent que l’effet dépend fortement du contexte, de la sensibilité individuelle et du mode d’application (revues et méta-analyses sur la stimulation vagale dans la migraine, 2023).


Sécurité : le besoin initial souvent oublié


Le mot “sécurité” est rarement utilisé dans les discours santé.

Et pourtant, il est central.


La sécurité, ce n’est pas l’absence immédiate de douleur.

Ce n’est pas le confort non plus...


C’est le sentiment profond que le corps peut :

  • ralentir

  • relâcher

  • arrêter d’anticiper en permanence


Tant que ce besoin n’est pas rencontré, le système nerveux reste en mode protection.


Dans cet état-là, même les traitements médicamenteux, aussi utiles soient-ils dans de nombreuses situations, ne répondent pas toujours à ce besoin initial de sécurité et de régulation.

Ils peuvent réduire l’intensité ou la fréquence, sans modifier le terrain nerveux sous-jacent.


Le point de départ le plus simple (et souvent le plus négligé)


Avant de chercher quoi faire de plus, je propose souvent de revenir à quelque chose de très simple.


Observer!


Observer son quotidien, ses réactions, ses habitudes.

Et se poser régulièrement cette question :

« Est-ce que ce que je fais là envoie à mon corps un message de sécurité ou un message de tension ? »

Pour que cette question soit réellement entendue par le système nerveux, il est utile de l’associer à un langage corporel.

Par exemple : poser une main sur la poitrine en se posant la question.

Pas pour se calmer ou pour corriger quoi que ce soit.

Mais pour informer le corps autrement.


Cela peut paraître trop simple...Voire inutile.


Et pourtant, c’est souvent ce qui manque le plus quand le corps fonctionne en pilotage automatique et que l’on a perdu pied.


Pourquoi l’histoire personnelle change tout


Ce point de départ est pertinent pour beaucoup de personnes migraineuses.

Mais il ne peut jamais être appliqué de la même façon pour toutes.


Chaque système nerveux a :

  • sa sensibilité propre

  • ses seuils

  • ses stratégies de protection


Et surtout, chaque histoire est différente.


C’est pour cela que quelques lignes d’histoire personnelle suffisent souvent à changer complètement la direction à prendre : rendre la régulation plus douce, plus progressive, plus respectueuse.


Sans cela, même une approche juste peut devenir trop brutale.


Une direction, pas une promesse


Ce que je partage ici n’est pas une solution miracle.

Ni une méthode universelle.

C’est une proposition de direction. De point de départ.


Avec le recul, je suis convaincue que toute personne migraineuse gagnerait à commencer par là :

  • remettre de la régulation

  • remettre de la sécurité

avant de vouloir agir sur le reste.


Parce que lorsque le système nerveux ne se vit plus en danger permanent, tout le reste a enfin une chance de s’organiser autrement.


Conclusion, ce point de départ n’est pas spectaculaire. Il est même parfois décevant par sa simplicité.


Mais il est cohérent.

Physiologiquement.

Cliniquement.

Humainement.


Et c’est précisément pour cela qu’il mérite d’être posé en premier.



Sources

  1. “The Role of the Autonomic Nervous System in Headache” – revue sur l’ANS et la migraine (2022).

  2. “Hypervigilance, Allostatic Load, and Migraine Prevention” – hypersensibilité cérébrale et stress (2021).

  3. “Noninvasive vagus nerve stimulation for migraine” – méta-analyse de neuromodulation (2023).

  4. “The Vagus Nerve: A Key Player in Your Health and Well-Being” – rôle du nerf vague dans la régulation autonome (2024).

  5. “Polyvagal Theory” de Stephen Porges – cadre de vigilance/sécurité nerveuse (1994-2020).

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